IFB France

Inflation nulle, pouvoir d’achat dynamique

Posté le : 21/03/2016

Fin 2015, la conjoncture est restée maussade dans les pays émergents, notamment en Chine où l’activité a encore ralenti, et dans les pays producteurs de pétrole qui ont pâti de la faiblesse de son cours. L’activité des économies avancées a aussi ralenti, notamment parce que leurs exportations vers les émergents ont fléchi. La croissance des pays anglo-saxons s’est affaissée du fait de leur investissement productif, et l’économie japonaise a rechuté. Dans la zone euro, le PIB a crû de 0,3 % au quatrième trimestre 2015, comme au troisième trimestre mais légèrement moins vite qu’en première partie d’année. La croissance s’est maintenue à ce niveau en Allemagne et en France, alors qu’elle s’est de nouveau affaissée en Italie et est restée vive en Espagne.

Début 2016, le climat des affaires mondial s’est altéré, ce qui suggère une progression des échanges encore poussive. Mais comme le cours du pétrole a baissé à nouveau, l’inflation reste très faible et le pouvoir d’achat des ménages se renforce dans les pays avancés. La croissance resterait modérée aux États-Unis et au

Royaume-Uni, au regard du rythme atteint jusque mi-2015, car la demande des entreprises est en nette baisse de régime. Dans la zone euro, l’activité retrouverait un peu de tonus avec l’accélération de la consommation et la reprise de l’investissement, mais le commerce extérieur pèserait sur la croissance. En France, les attentats meurtriers du 13novembre 2015 à Paris et la douceur des températures à l’automne ont limité la consommation des ménages, qui s’est repliée au quatrième trimestre. Au premier semestre 2016, ces effets ne pèseraient quasiment plus sur la croissance, et, à l’exception des postes les plus affectés par les attentats pour lesquels le redressement serait progressif, la consommation des ménages rebondirait nettement. Elle serait portée par un pouvoir d’achat de nouveau en hausse, car les revenus d’activité resteraient dynamiques, alors que l’inflation demeurerait quasi nulle du fait de sa composante énergétique.  En outre, après plus de deux années de fort recul, la baisse des dépenses d’investissement en logement serait moindre. Par ailleurs, de nombreuses conditions encouragent les entreprises à investir davantage : leur taux de marge s’est déjà fortement redressé en 2015 et s’approcherait plus encore de sa moyenne d’avant-crise, renforçant la capacité des entreprises à autofinancer leurs projets ; le financement externe est d’autant plus facilité que la Banque centrale européenne assouplit de nouveau sa politique monétaire, maintenant les taux d’intérêt à bas niveau ; en outre, le dispositif de suramortissement stimule les dépenses d’investissement productif. Enfin, à rebours de ses partenaires européens, et malgré le ralentissement de la demande mondiale, les exportations de la France accéléreraient ponctuellement, du fait de la livraison de grands contrats aéronautiques et navals.

Au total, en phase avec un climat des affaires qui a rejoint sa moyenne de longue période, la croissance française gagnerait un peu de tonus au premier semestre 2016 (+0,4 % par trimestre).

Après une année de reprise modérée en 2015 (+1,1 %), l’acquis de croissance pour 2016 serait à ce niveau dès la mi-année. Avec la légère accélération de l’activité et le développement des dispositifs visant à enrichir la croissance en emplois, l’emploi marchand continuerait de progresser quasiment sur le même rythme que fin

2015. L’emploi total augmenterait plus vite que la population active et le taux de chômage baisserait de nouveau modérément pour atteindre 10,2 % mi-2016 sur l’ensemble de la France.

Divers aléas sont associés à ce scénario. D’abord, le ralentissement des économies émergentes et son impact sur les exportations européennes, notamment allemandes, pourraient être plus amples que prévu, ce qui entraverait un peu plus qu’anticipé la hausse du commerce mondial et celle de l’activité européenne. À l’inverse, alors qu’une légère remontée du taux d’épargne est prévue, les ménages européens et en particulier français pourraient consommer un peu plus rapidement qu’anticipé les gains de pouvoir d’achat.